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Loi sur le génocide arménien : un piège pour la France

 

Marie-Rose Koro est secrétaire de la section PS d’Istanbul

Membre du Bureau Fédéral de la FFE (Fédération des Français à l’Etranger)

 

Loi sur le génocide arménien : un piège pour la France

 

Le Sénat français s’apprête à discuter le 23 janvier la proposition de Loi adoptée par une majorité de circonstance, face à un hémicycle quasiment vide, à l’Assemblée Nationale le 22 décembre dernier.
Cette Loi visant à criminaliser la négation de tout génocide pointe directement la Turquie et ne présente ni intérêt, ni nécessité autre que de satisfaire le lobby arménien supposé peser sur le résultat électoral d’une dizaine de circonscriptions de l’héxagone.

L’urgence de son actualité consiste également à nourrir  haine et rejet dans un contexte politique pré-électoral teinté d’une xénophobie inquiétante et dangereuse.

La France, qui se flatte d’être le berceau des Droits de l’Homme et des libertés, serait sur le point de voter une Loi dictant aux opinions internationales et aux historiens ce qu’il faut penser.

Au-delà du débat sur les Lois mémorielles et de la question de constitutionnalité qu’elles soulèvent, cette Loi, si elle devait être adoptée, pose trois problèmes de taille: son opportunité, ses conséquences diplomatiques et finalement un revers grave en termes de citoyenneté.

 

Une Loi avilissante pour le Parlement français

Au sein de la classe politique française, ainsi que dans les milieux  intellectuels et scientifiques, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer la soumission du Parlement  au bon vouloir d’un lobby.

De même, de nombreuses personnalités critiquent le clientélisme du chef de l’Etat, fervent opposant à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne et de l’accuser de calcul électoraliste à trois mois de l’élection présidentielle.

Les Présidents de l’Assemblée Nationale et du Sénat, le Ministre des Affaires Étrangères et de nombreux responsables politiques de tout premier ordre ont exprimé leur hostilité à l’adoption de cette Loi, souhaitant une position plus constructive des relations entre Paris et Ankara.
La relation franco-turque mérite en effet mieux que cette gesticulation de dernière minute qui risque fort de se révéler contre-productive, y compris à l’égard de ses initiateurs.
Le débat parlementaire français ne gagne pas à se prêter à des petites manœuvres indignes, qui ont comme seule conséquence de dresser les populations les unes contre les autres.

 

Un gâchis diplomatique, un désastre commercial

Le chef de l’Etat a le chic de se fâcher avec les dirigeants de ce monde. Zapatéro: un crétin, Obama: un incapable, Berlusconi humilié, Papandréou moqué, Cameron sermonné…les Turcs génocidaires.

L’Arménie et la Turquie sont engagées aujourd’hui dans une politique de rapprochement et d’apaisement de leurs relations mutuelles.
Elles avancent à leur rythme;  qui donne alors le droit à Paris de fixer leur agenda, mieux ;  la conclusion de leurs débats ?

Certes la Turquie a un travail de mémoire à faire, mais la France également.

En relançant cette controverse, Paris n’a fait que prêter le flanc au Premier Ministre turc, qui sur le thème de l’ « arrogance française » a réussi à souder la quasi-totalité de son opinion publique, des nationalistes aux  religieux …un exploit en Turquie !

Et de renvoyer la France à son histoire coloniale par son accusation de « génocide en Algérie », une polémique dont nous aurions pu nous passer en cette année de cinquantenaire de la fin de la guerre d’Algérie.

Tous les efforts engagés ces dernières années pour rétablir des relations correctes avec Ankara en raison de son rôle central au Moyen-Orient et dans le Caucase, sont anéantis et la diplomatie française s’en trouve affaiblie en Syrie, en Iran, au Liban. Le Caucase, où des grandes manœuvres s’organisent autour d’importants enjeux énergétiques, s’éloigne également des ambitions françaises.

Économiquement nos grandes entreprises sont déjà écartées ou marginalisées dans nombre de grands projets  turcs et internationaux (Nabucco, métros des grandes agglomérations turques,  nucléaire, aérospatiale…), les gesticulations du Chef de l’Etat n’amélioreront certainement pas la situation.

Un fiasco en termes d’intégration citoyenne

En favorisant les revendications de groupes de pression arméniens sur des bases communautaristes, nous assistons à l’émergence d’une nouvelle catégorie d’électeurs sur des bases communautaristes: les franco-turcs.
En effet, les associations turques en France ont fait durant les dix derniers jours  de l’année 2011 une campagne massive d’inscription sur les listes électorales.
La communauté turque en France s’organise et monte en puissance tant numériquement qu’en termes d’influence.

L’importance de l’organisation des citoyens français d’origine turque, communauté plus récente et plus immédiatement liée à ses origines que la communauté arménienne, nous pose de manière aveuglante la question de notre modèle de citoyenneté.
La Gouvernement français a organisé, il y a peu encore, un « débat national » hautement médiatisé sur la citoyenneté française.

Basée sur l’intégration et non sur le communautarisme, la citoyenneté française se distingue ainsi de celle des principaux pays anglo-saxons et fait la fierté de notre modèle de société.
Le chef de l’Etat et le gouvernement sont en bonne voie d’encourager le contraire!!!

Marie-Rose KORO
Secrétaire de la section PS d’Istanbul

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