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Un exemple de 25 mois de détention provisoire en Turquie

Écrit par Anne Andlauer

 

Cihan Kırmızıgül, étudiant de l’université de Galatasaray accusé d’avoir participé à une attaque au cocktail Molotov à Istanbul en 2010, est libre depuis vendredi. L’étudiant de 24 ans vient de passer 25 mois en détention provisoire. Ses proches et ses avocats, soulagés par cette décision, réclament maintenant l’acquittement du jeune homme

Cihan Kirmizigül libéré (photo Groupe de soutien des étudiants emprisonnés)

Pour ceux qui connaissent son histoire, Cihan Kırmızıgül est “l’étudiant au poşu ”. Un symbole des procès et détentions provisoires sans fin pour lesquels la Turquie est régulièrement critiquée.

En février 2010, un groupe de 40 à 50 personnes organise une attaque au cocktail Molotov dans le quartier de Kağıthane, à Istanbul. Leurs visages sont cachés par un poşu, c’est-à-dire un keffieh ou foulard que portent bien souvent les militants de la cause kurde. Ce jour-là dans le même quartier, Cihan Kırmızıgül attend le bus. Lui aussi porte un poşu. D’après ceux qui le soutiennent, ce sera-là son seul “tort”.

« Cihan a attiré l’attention des policiers en raison de son keffieh. Il a été étendu par terre, battu sous prétexte qu’il avait résisté et ensuite amené au département de lutte contre le terrorisme”, racontent ses proches dans un communiqué. Un témoin anonyme de l’attaque reconnaît Cihan Kırmızıgül à ses seuls vêtements. L’étudiant est alors placé en détention provisoire. Il n’en sortira plus jusqu’à ce 23 mars 2012, huitième audience d’un procès dont il est le seul inculpé.

Ses avocats dénoncent des incohérences

D’un rendez-vous judiciaire à l’autre, devant la 14ème Cour d’assises d’Istanbul, Cihan Kırmızıgül clame son innocence. Il se décrit comme un étudiant en génie industriel à l’université de Galatasaray qui souhaite passer ses examens (il en est interdit en prison) et n’a rien à voir avec les lanceurs de cocktail Molotov de Kağıthane, si ce n’est le foulard qu’il portait ce jour-là.

Ses avocats mettent rapidement à jour les incohérences du procès. Lors de la deuxième audience, expliquent-ils, le témoin à charge se rétracte. Selon lui, Cihan Kırmızıgül n’est pas la personne qu’il a identifiée dans sa déposition. L’étudiant reste pourtant en détention.

Au cours de la cinquième audience, alors que Cihan Kırmızıgül a déjà passé 19 mois derrière les murs d’une prison de haute sécurité, le procureur demande sa remise en liberté et son acquittement “pour toutes les accusations à l’exception de celle de “résistance à la police en fonction”, en se basant sur le principe : ‘Le doute profite à l’accusé’”, racontent les soutiens du jeune homme. La cour rejette la demande et Cihan Kırmızıgül reste en prison.

Sixième audience en novembre dernier et coup de théâtre : un policier affirme avoir vu Cihan Kırmızıgül lançant un cocktail Molotov et l’avoir ensuite suivi, un élément nouveau qui n’apparaissait pas dans le procès-verbal. Sa détention provisoire est maintenue.

“Il a tenu à remercier un par un tous ceux qui l’ont soutenu”

Ce 23 mars 2012, la cour décide finalement de libérer Cihan Kırmızıgül, tenant compte de la longueur de sa détention provisoire. Un soulagement pour le jeune homme, sa famille et ses amis : “Nous sommes allés le chercher à sa sortie de prison à Tekirdağ vendredi soir vers 23 heures. Nous formions un groupe de 65 à 70 personnes”, relate Esra Atuk, chargée d’enseignement en sciences politiques à l’université de Galatasaray.

Le soir de sa sortie, entouré par les siens (photo Groupe de soutien des étudiants emprisonnés)

Elle raconte au petitjournal.com d’Istanbul les premiers instants de liberté de l’étudiant : “Nous sommes allés dans un restaurant de köfte tout proche. Cihan avait l’air un peu ahuri. Tout ce monde autour de lui alors qu’il n’avait côtoyé que deux personnes dans sa cellule pendant deux ans… Tout, même le restaurant, lui semblait très grand. Il a tenu à remercier un par un tous ceux qui l’ont soutenu pendant sa détention. Ses parents étaient là. Tout le monde était ému.”

L’étudiant en ingénierie et ses avocats vont maintenant tenter d’obtenir l’acquittement. Cihan Kırmızıgül reste notamment accusé d’avoir participé à l’attaque au cocktail Molotov, d’avoir nui à la propriété d’autrui et d’appartenir à une organisation illégale. Il risque entre 19 et 61.5 années de prison selon les médias turcs. La prochaine audience du procès doit avoir lieu le 11 mai.

Anne Andlauer (www.lepetitjournal.com/istanbul) lundi 26 mars 2012

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