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Les Alevis et leurs origines par Ahmet Kiraz

Ahmet Kiraz, Avocat

29 Mai 2012

 

L’Alévisme[1] est un système de croyances hétérodoxe largement influencé par l’islam. Après le Sunnisme, il est la deuxième croyance la plus représentée en Turquie. Contrairement au Sunnisme qui repose sur le dualisme « Allah-Muhammed », l’Alévisme repose sur la trinité « Allah-Muhammed-Ali » et se rattache à « Ehl-i Beyt –  les gens de la maison du prophète», c’est-à-dire les douze imams Imams du chiisme et Fatima. Cependant le seul point commun entre l’Alévisme et le Chiisme est l’amour de « Ehl-Beyt ».

Malgré de nombreuses croyances et traditions communes l’Alévisme est différent de la confrérie des « Bektaşi ». Mais les alévis reconnaissent « Haci Bektaş-i Veli » comme « Horasan Ereni  – Saint du Horasan, parvenu du Horasan littéralement et le respecte à ce titre.

La croyance

Les Alévis pour qui le Dieu est en toute chose dans l’univers, croient en l’unicité de toute existence. C’est une « Yol – Voie » mystique qui prône l’amour de Dieu et de l’être humain en lieu et place du désir du paradis et la peur de l’enfer. Elle déclare sa foi en l’esprit du Coran et non à sa forme actuelle et vise à accéder à une certaine forme de plénitude spirituelle.

Les Alévis croient en l’immortalité de l’être humain en qui le Dieu trouve son expression par laquelle s’exprime la divinité et qui est constitué des particules du Dieu. Son essence est l’amour de l’être humain.

Les rituels et pratiques religieuses

Pour les Alévis Muhammed est le dernier prophète et Ali son saint ou « imam ». Ils pratiquent trois jours de jeunes à « Kadir Gecesi » la nuit du Destin, 12 jours au mois du « Muharrem ». Avant le mois de Muharrem un jeune de trois jours appelé « Masum-u Paklar – Les Purs innocents » et après le Muharrem un jeune de trois jours également, appelé « Hizir Orucu – le Jeûne de Khidir » sont observés.

Les Alévis, sous la direction et surveillance du « Dede – littéralement le grand-père » pratique  une cérémonie religieuse appelée « Cem – communion ou rassemblement ». Cette cérémonie se tient à la « Cem Evi », lieu de culte des Alévis, et elle ne présente pas de périodicité particulière. Les fidèles s’agenouillent face au « Dede » en famille. Celui-ci récite des prières évoquant « Allah », le prophète et « Ehl-i Beyt », tandis que les chants sacrés appelés « deyiş –dit  » et les hymnes  “nefes – souffle » sont chantés par le « Zakir » qui s’accompagne de son «Saz[2] ». Les offrandes apportées par les fidèles sont consommées et la dance mystique dite « Semah » est réalisée. Ce rituel est pratiqué durant la nuit du jeudi au vendredi. Dans les villages cela peut durer plusieurs jours alors que parmi les populations urbaines il est désormais limité à trois heures environ en raison du manque de temps. Si des personnes assistant au « Cem » sont en conflit ou ne se parlent pas, la cérémonie ne pourra débuter avant que ces personnes ne se soient réconciliées.  En ce sens ce conseil peut apparaître comme une instance de règlement des différents dans la communauté des fidèles.

Dans la hiérarchie alévie le fidèle appelé « Talip » aspirant progressera dans la communauté dans la mesure où il respecte les règles de la « Yol » voie et se cultive. La « Yol » est constitué de 4 « Kapi » portes (dans l’ordre : la «Şeriat » : la charia, la « Tarîqat » : le chemin, la voie, la méthode, la « Marifet » : la sagesse, le savoir et la « Hakikat » : la vérité) et de 40 étapes appelées « Makam ». Chaque « Kapı » est constituée de 10 « Makam ». En résumé, la porte de la « Şeriat » représente la bonne croyance et le bon mode de vie, la « Tarikat » constitue les rituels et les règles de fonctionnement de l’Alévisme, la « Marifet » est le savoir et la sagesse, et enfin la « Hakikat » correspond au renoncement aux plaisirs terrestres et à la prise de conscience du lien qui lie l’individu à Dieu.

La naissance de l’Alévisme et le Khorasan

Le lieu de naissance de l’Alévisme est le Khorasan (large région historique du nord-est de l’Iran débordant sur les pays voisins). Par ailleurs le rôle d’Ebû Müslim El-Horasanî[3] né à Merv en l’an 718 A .J. après J.C. fut décisif. Il fut chargé par l’Imam Ibrahim, descendant du Prophète et établi à Mecque, de diriger les activités anti-Omeyyades au Khorasan, une région loin éloignée de la capitale du Califat et où l’autorité était faible.

L’appartenance ethnique ignorée de Horasani qui fut un sérieux problème au début, se transforma en avantage pour lui. Par la suite il devint en peu de temps quelqu’un d’aimé et respecté parmi les peuples de la région tels que les Arabes, les Kurdes, les Turcs ou encore les Persans. A son sujet Ibn-i Hallikan écrit « D’après certains il est Kurde, selon d’autres Arabe, ou encore Perse. » mais Ebû Delame dans un de ses vers écrit « Tu es un tyran fils de Kurde ».

C’est Ebû Müslim El-Horasanî qui a mit fin en l’an 750 A.J. à la domination des Omeyyades. Ebu Abbas Saffah pris le titre de Khalife. Ebû Müslim fut nommé gouverneur du Khorasan. Le Khalife suivant Abû Jafar Al-Mansûr, considérant Ebû Müslim comme un danger pour son pouvoir le tua dans une embuscade en l’an 755.

A cette époque Khorasan était une région limitrophe de l’Etat islamique, où l’Islam n’était pas complètement accepté et où les peuples Iraniens et Turcs avaient adapté et conservé avec l’Islam leurs croyances et traditions zoroastriennes pour les uns et chamanistes (mais aussi manichéistes, bouddhistes, chrétiens nestoriens) pour les autres. Ebû Müslim fut tué car il tolérait et même soutenait ces pratiques.

Horasanî était un Daylamite, ou deylamite  membre d’un de ces peuples iraniens vivant dans la région appelée Deylaman dans le Khorasan. Aujourd’hui encore 1.5 millions de Deylamite vivent dans le Deylaman et les sources occidentales les qualifient parfois de « Kurdes ». La langue des Deylamite, aujourd’hui appelé « Dımıli » appartient au groupe de langues iraniennes. Elle est classifiée parmi les langues du rameau iranien occidental car elle est plus proche du Kurde que du Persan. Mais c’est une langue à part entière. Nous pouvons dire que le Dimili est au kurde ce que l’italien est au français

Après l’assassinat d’Ebû Müslim, ses troupes Deylamites, Turkmènes et probablement quelques Perses, craignant les massacres des Abbassides ont pris la route de l’exode avec leurs familles. Par vagues successifs Ils se sont installés dans le Dersim,  une région montagneuse et tampon entre l’Empire Byzantin et l’Etat islamique.

Le Bektachisme[4].

Hoca Ahmed Yesevi ayant vécu en Asie Centrale au 12 siècle a fait accepter aux Turcs l’islam en le simplifiant grâce à ses « Hikmet –sagesse » qui furent compilés dans le « Divan-i Hikmet » plusieurs centaines d’années plus tard. Il a fait la synthèse de l’Islam et des traditions, modes de vies et anciennes croyances (chamanisme) des Turcs même s’il fut accusé pour cela de déviance et taxé d’hérétique. Il est indéniable que les « Hikmet » de Yesevi se sont inspirées des courants nés au Khorasan au 8ème siècle.

Le Bektachisme tient son nom du grand mystique turc « Cheikh Kalenderî-Haydarî, Hacı Bektaş-ı Veli » qui a mis en pratique les pensées de Hoca Ahmed Yesevi durant l’islamisation de l’Anatolie au 13ème siècle,  processus qui  a commencé bien avant, dès la fin du Xème siècle. Haci Bektaş-ı Veli ajouta 10 « Makam » à chacune des 4 « Kapi » pris aux traditions du Khorasan et fonda ainsi les bases de la Confrérie sur la notion de « Dört Kapı Kırk Makam ».  Hacı Bektaş-ı Veli joua un rôle déterminant dans la turquisation et l’islamisation de l’Anatolie. A tel point que la majorité des Balkans musulmans ont adopté le sunnisme comme courant de l’islam et le Bektachisme comme confrérie. Cependant ce sunnisme n’avait rien à voir avec l’orthodoxie sunnite actuelle. En effet, contrairement aux croyances, le Bektachisme est une confrérie sunnite.

«Balım Sultan » fut placé par le Sultan Bayezid-i Veli à la tête « Hacı Bektas Dergahı » de Kırşehir en 1501, date à laquelle fut fondé également l’Empire Safavide par Şah İsmail Safevi. « Balim Sultan »  institutionnalisa le Bektachisme en tant que confrérie mystique 12 imamiste. Avec Balım Sultan le Bektachisme  s’est répandu dans les villes et parmi les intellectuels ottomans.  Les cérémonies des douze Imams, les douze « post – peau de bête – hiérarchie parallèle aux Douze Imams, représentée symboliquement par des peaux de bête», la règle du « Baba » qui ne doit pas se marier, les influences du houroufisme etc. sont entrées dans la confrérie avec lui. Ainsi la croyance des douze imams est entrée dans le Bektachisme via « Balım Sultan » alors qu’elle existait chez les Alevis et les Chiites dès le début. Parallèlement aux douze imams, toute la vie fut systématisée autour du chiffre douze comme dans le chamanisme (La couronne du Shaman était composée de la fourrure de douze animaux différents qui symbolisaient le cercle du zodiaque, ainsi la couronne représentait).

La confrérie ainsi transformée s’est imbriquée avec l’Alévisme et avec le temps les Alevis ont également adopté certaines traditions du soufisme. Ainsi, nous savons que le soufisme est une pratique ascétique qui a trouvé place dans différents courant de l’islam. Mais ses origines remontent aux autres religions, antérieurs à l’islam. Le mysticisme est fondé sur l’idée qu’Allah est unique, non seulement au sens divin du terme mais aussi au sens de l’existence, signifiant qu’il n’existe aucune autre existence en dehors de lui, et que l’univers et tout ce qui le compose, vivant ou non, constitue son reflet c’est à dire qu’il est un monisme absolu qui refuse de valider la distinction ontologique entre le Créateur et la création. Le lien entre le Cheikh, le disciple et la transe ont une place importante dans le soufisme et pour parvenir aux plaisirs spirituels il faut renoncer aux plaisirs mondains. La prière se fait pour l’amour d’Allah et non pour le désir de paradis ou par peur de l’enfer. L’Alévisme possédant des origines islamiques repose également sur ces principes.

Même si les Alévis aiment et respectent Hacı Bektaş-ı Veli, ils ne sont pas rattachés à « Hacı Bektaş Dergahı » mais aux « Ocak – Foyer » alévis qui se revendiquent de la descendance charnelle de Mohammed (parfois d’autres figures saintes cependant). Etant donné que le Bektachisme est une confrérie, toute personne respectant ses préceptes peut devenir un Bektachi. Alévisme quant à lui passe de père en fils donc si bien que seules les personnes nées d’une mère et/ou père Alevis sont Alévis[5]. Ainsi, alors que les Bektachis sont appelés les enfants de « Yol », les Alévis sont appelés les enfants de « Bel »[6] c’est-à-dire de naissance.

Une autre caractéristique qui rapproche les Alévis des Bektachis réside dans le fait que les Alévis reconnaissent le « Çelebi – Maître» de Hacı Bektaş comme l’un de leurs guides appelés «Mürşid ». Mais dans la pratique cela n’a pas beaucoup d’importance puisque chaque Foyer a son « Pir – Guide » et les « Mürşid » sont les descendants du prophète « Seyid » des autres Foyers. Cependant trois petits Foyers de Seyit du Dersim, les Ağuçan, Derviş Cemal  et Sarı Saltık affirment être descendants des Califes de Hacı Bektaş et sont les « Pir » des alevis turcs (Dersimi 1952 :27-28 ; Birdogan 1992 : 152-157).

Les Bektachi étaient les fondateurs du foyer des artisans et les chefs spirituels des janissaires, l’armée d’élite de l’Empire Ottoman massacrée sur ordre du Sultan Mahmud II en 1826.

Les Alévis de Dersim et leurs origines ethniques

Sous la République de Turquie les Alévis de Dersim ont été perçus comme un obstacle devant le projet de constituer une nation possédant « un peuple, une religion, une langue unique ». Ils furent persécutés et 45-50 milles personnes massacrés en 1937-38. Ceux qui ont survécu on été soumis à une politique d’assimilation planifiée et systématique conduit par les autorités centrales. Avec la loi appelée « Tunceli Kanunu » les noms des villes, villages, tribus, bref l’ensemble des toponymes fut turquisé et la population de Dersim fut dispersée dans l’ouest de la Turquie ou ils étaient assignés à résidence, de sorte que les membres d’une même famille furent séparés.

Puis le discours officiel tenta de faire croire que tous les Alévis étaient des Turcs de souche, venus de Khorasan et qui ont été kurdisés. Il est vrai que les Dersimi viennent du Khorasan mais cela ne fait d’eux des turcs automatiquement. Il ne serait pas faux de dire qu’un certain nombre de Dersimi sont des Alévis Turcs qui ont été assimilés tout comme il est probable que certains Dersimi soient turcisés. De la même façon, ils avaient prétendu que les Kurdes sont une tribu Turc, que leur langue sous l’influence de l’Arabe et du Persan, se serait déformée et le mot « Kürt » serait né des sons kart-kurt produit par les craquements de la neige, les Kurdes étant des montagnards passant leur temps à marcher dans la neige.

Il est intéressant de constater que les Kurdes sunnites ont toujours rejeté les Dersimis et ont refusé de les reconnaitre comme kurdes car ils les considéraient différents. Mais a partir du moment où l’Etat a débuté la propagande selon laquelle les Dersimis étaient des Turcs kurdicisés, les nationalistes Kurdes ont prétendu à leur tour que le Dimili était un dialecte du Kurde et par conséquent les Dersimi des Kurdes.

La thèse selon laquelle les « tribus Turques auraient appris le Kurde après… donc kurdisés » est contraire à la réalité. En effet, dans la dite région il n’y a jamais eu d’Etat ni de domination Kurde qui aurait pu mener une politique d’assimilation.

Selon certains écrivains, le fait que la langue liturgique des Alévis de Dersim soit le turc est la preuve que les Alevis de Dersim sont des Turcs. Avec la même logique nous devrions admettre que les Turcs sont des Arabes car leur langue liturgique est l’Arabe. En réalité les Dersimi pratiquaient leurs rituels en Dimili ou en Kurde et c’est partiellement toujours  le cas. Mais il est vrai que la plupart des chants religieux des Dersimis parvenus jusqu’à nous sont en langue turque. Cela s’explique par le fait qu’il n’existait pas de littérature écrite comme chez les autres Kurdes. Avec la propagation du Bektachisme et sous son influence, le turc s’est imposé comme la langue commune des Alévis, au sens le plus large du terme, et les « nefes – souffles » ont été rédigés en cette langue. En conséquence, de nombreuses œuvres en langue Kurde et Dimili ont disparu, n’étant ni transmises à l’oral ni consignés à l’écrit. Le massacre des familles de Seyit en 1937-38 y a aussi contribué.

On prétend également que les noms des tribus sont en Turc. L’un des exemples qui revient le plus souvent est « Düzgün Baba » qui est une turcisation du nom « Dızgın Bava » qui est du Dimili. L’homme de religion des Alévis est le “Dede” et non le “Baba”. Après 1980 le Préfet du Tunceli Kenan Güven avait prétendu que le nom de la tribu “Kalan” était en Turc littéralement rester. Alors qu’en réalité le mot est “Qalan” signifiant “vieux” en Dimili et en Kurde. Mais la lettre” Q” n’existe pas dans l’alphabet Turc, elle est donc remplacée par le “K” et ainsi le mot “Qalan” devient “Kalan”. De plus nous savons qu’après le coup d’état de 1960 tous les noms propres et géographiques etc. furent turcisés.

Par ailleurs, les Dersimis ne disent jamais je suis ou nous sommes « Zaza ». Ce que les Dersimis appellent des « Zaza » sont des sunnites de la région de Palu dans la province de Bingöl qui parlent une langue proche du Dimili. Ainsi le mot Zaza ne désigne pas une origine ethnique mais une différence religieuse.

Les Dersimis appellent leur langue « Kırmanç » et le Kurde parlé par la majorité, par exemple à Hakkari, le « Kırdaki ». Mais les Alévis de Maras, alors qu’ils parlent le « Kırdaki » selon la terminologie des Dersimis, disent « nous somme Kırmanç ». Cette confusion des notions est révélateur de la superposition des frontières linguistiques, religieuses, et parfois tout simplement des frontières géographiques et de la politique d’assimilation turque qui a fait son effet.

Une autre caractéristique qui révèle l’identité des Alévis de Dersim se retrouve dans les traces de leur ancienne religion le zoroastrisme dont ils portent les influences. Pour eux les symboles tel que le soleil, la lune, le feu et la nature sont sacrés. C’est un péché que de laisser le feu s’éteindre dans la cheminée. Le lieu où le sacrifice est effectué constitue le point culminant de la région où il y a de la vie, soit un arbre. Par exemple Melville Chater qui avait passé une nuit dans un village Alévi des environs de Malatya en 1920 écrivait ; « Les villageois se sont réveillés avant le levé du soleil et ont commencé à travailler dans leurs champs. Dés que le soleil s’est levé, tous les hommes, femmes et enfants se sont tournés vers l’est, ont souhaité une bonne journée en se prosternant respectueusement devant le soleil et ont poursuivi leurs taches tâches (Chater 1928 :498).

La population Alévie et ses zones d’implantation

Le pays des Alevis Kurdes est le Dersim. Dersim ne représente pas uniquement la province de « Tunceli ». Les sous-préfectures de Kemah et Tercan dans la province d’Erzincan et Kıği à Bingöl font partie du Dersim historique. De plus, la population alévie de langue originellement non turque s’étend de Dersim à Kars suivant Bingöl et Muş-Varto à l’est. A l’ouest une importante population alévie kurde de la tribu de Koçgiri réside à Sivas, pour l’essentiel dans les sous-préfectures de Zara et Divriği. Enfin au sud ils se dispersent jusqu’à Adana et même en Syrie à travers Malatya, Maras-Elbistan et Antep.

Les Alévis Turcs installés dans l’Anatolie centrale s’étendent de Çukurova au sud à Çorum, Tokat et Amasya au nord.

Mais une importante partie de cette population s’est installée dans les métropoles et en Europe à partir des années 60. C’est pourquoi la population Alévie ne peut être déterminée en comptabilisant la population des villes et villages que nous venons de décrire, comme c’est parfois le cas.

Au sujet du nombre, il n’y a aucun recensement fiable qui comptabilise la population alévie de Turquie. Mais nous savons qu’au recensement de 1927 la Turquie comptait 13.6 millions d’individus et  qu’un tiers de cette population était Alévie-Bektaşi. Selon une étude commandée en 2008 par le MGK (Conseil de Sécurité National) et réalisé par des universités il y a 10 millions d’alévis dont 9 millions en Turquie et 1 million en Europe. Le même rapport estime les « Zaza » à 3 millions. Si on y ajoute les Alevis parlant le Kurdi, on arrive à environ 5 millions d’Alévis Kurdes. Une autre étude réalisée en 2009 donne le chiffre de 18 millions car elle comptabilise également les Bektaşi. Enfin, selon le rapport daté du 26.09.2006 d’Olli Rehn, Commissaire européen, les Alévis seraient de 15 à 20 millions.

 

En conclusion, l’Alévisme n’est ni uniquement une religion, ni un courant religieux, ni une confrérie, ni une idéologie. C’est une croyance hétérodoxe, un regard sur le monde et une philosophie de vie qui contient un peu tous ces éléments. Les Alévis ne sont pas d’une seule origine ethnique mais ils sont Turcs, Kurdes et/ou Deylamite.



[1]. http://alevilik.nedir.com

[2]. Instrument de musique à corde des peuples iraniens et anatoliens.

[3]. http://tr.wikipedia.org

[4]. http://tr.wikipedia.org

[5].Mehmet Eröz, Türkiye’de Alevîlik ve Bektaşîlik, Ankara 1990, s. 52; İlyas Üzüm, Günümüz Alevîliği, İstanbul 1997, s. 4.

[6].Mandel, Ruth. « Alevi. »Encyclopedia of the Modern Middle East and North Africa.Ed. Philip Mattar.Vol. 1. 2nd ed. New York: Macmillan Reference USA, 2004. 112-115. Gale Virtual Reference Library. Gale.

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